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  • Manuel Espagne

Crise sanitaire, isolement et états dépressifs, vous n’êtes pas seuls!

Dernière mise à jour : févr. 12

L’homme moderne est un animal hautement social :

Les humains sont des primates, une espèce grégaire dont l’histoire a toujours été rythmée par une succession de périodes fastes et de temps de misère. Elle ne doit sa subsistance au travers des millénaires et des différents fléaux qu’elle a connu qu’à son ingéniosité, à la force du groupe ainsi qu’à son extraordinaire faculté d’adaptation.


Grâce à ces qualités, l’humanité s’est répandue et a prospéré partout sur la planète, y compris dans des lieux les plus hostiles, depuis les déserts arides jusqu’aux forêts tropicales, dans les plaines, sur les côtes, sur les terres et les océans, rien ou presque ne semble pouvoir arrêter son expansion.


Pour faire face aux difficultés de l’existence, chacun a du apprendre et utiliser des stratégies individuelles qui, par leurs interactions, ont servi au maintient d’un certain équilibre personnel aussi bien que collectif.


La révolution industrielle, les avancées des dernières décennies dans les domaines des sciences humaines et de la médecine nous ont portés vers toujours plus de longévité, toujours plus de confort et, dans une certaine mesure, toujours plus de désir de sécurité.


Malheureusement, et indépendamment de ces nombreux progrès, les nations comme les esprits ont été régulièrement secoués par des événements terribles et des épisodes fortement anxiogènes, tel que celui que nous traversons. Et si ce début de siècle est incontestablement marqué par une prise de conscience des enjeux humanitaires et environnementaux à venir, il l’est également par une aggravation de l’individualisme ainsi que de tous ses effets tragiques.


Devant une actualité chaotique et confrontés à de légitimes peurs pour l’avenir, au retour à la terreur et au sentiment d’injustice qu’inspire la situation actuelle, nombreux sont celles et ceux qui ont progressivement perdu espoirs et confiance en leurs ressources, comme en leur capacité à surmonter ces épreuves.

Pour certaines personnes déjà isolées, que cela soit à cause d’un éloignement géographique ou d’un état de santé précaire, se trouvant privés d’interactions sociales en raison d’une perte d’emploi ou des mesures de contrôle de la pandémie de Covid19, pour des esprits en proie à la solitude et soumis au feu incessant des médias et des réseaux sociaux, les choses peuvent rapidement basculer et le risque de dépression devient alors très important.


"Autrui me regarde et comme tel, il détient le secret de mon être, il sait ce que je suis ; ainsi, le sens profond de mon être est hors de moi, emprisonné dans une absence ; autrui a barre sur moi (...) son regard façonne mon corps dans sa nudité, le fait naître, le produit comme il est, le voit comme je ne le verrai jamais. Autrui détient un secret, le secret de ce que je suis. Il me fait être et par là me possède. Autrui est pour moi à la fois ce qui m’a volé mon être, et ce qui fait qu’il y a un être qui est mon être." Jean-Paul Sartre, L'Être et le néant - 1943.

État dépressif, syndrome anxio-dépressif, dépression… de quoi parle-t-on au juste?

L’état dépressif est un phénomène courant en réponse au stress appartenant au spectre des troubles anxieux. Intéressant 15 à 20% de la population générale tous âges et sexes confondus, il se caractérise par une certaine tristesse ainsi que par une baisse de l’estime de soi. Des sensations de fatigue, de lassitude, et des ruminations ne sont pas rares et elles amènent souvent le sujet à éprouver un sentiment de culpabilité.

D’évolution spontanément favorable, ce type d’état est souvent réactionnel à des évènement de moyenne intensité, tel qu’une déception amoureuse, ou bien à un changement dans l’environnement comme lors d’un déménagement.


Le syndrome anxio-dépressif, plus sévère en termes sémiologiques, se caractérise principalement par une anxiété importante et généralisée, ainsi que par une exacerbation de symptômes négatifs dont les effets ont un retentissement envahissant tout les domaines de vie de l’individu (professionnel, familial, sentimental).

Parmi les plus courants se retrouvent, isolés ou en association :

- Irritabilité,

- Anorexie,

- Crises d’angoisse,

- Difficultés de concentration,

- Plaintes somatiques variées,

- Baisse de la libido,

- Aménorrhée,

- Tristesse,

- Désintérêt.

Le pronostic reste globalement bon puisque la plupart de ces syndromes évoluent vers une rémission spontanée, et bien que le risque de récidive soit non négligeable, ils répondent d’ordinaire favorablement aux traitements anti-dépresseurs et aux anxiolytiques, pourvu que ceux-ci soient administrés de façons concomitante à une thérapie relationnelle.

Il est important de rappeler que nombre de ces symptômes peuvent être reliés à des troubles organiques ou à la prise de certains médicaments. Cependant, ils peuvent aussi être les signes annonciateurs d’un changement d’état intérieur très négatif, et devant la persistance d’un ou plusieurs de ces troubles chez vous ou l’un de vos proches, il est urgent d’agir.


Enfin, une dépression (ou épisode dépressif majeur) est un état grave, généralement réversible mais pouvant dans les formes les plus profondes aboutir à de l’automutilation, voire au suicide.

Intéressant les sujets de tous âges, elle est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de moins de 25 ans et la première cause d’hospitalisation en psychiatrie (OMS 2019).

Elle doit être systématiquement évoquée devant l'expression de toute souffrance morale intense et durable, toute idéation suicidaire ou tout comportement manifestement autodestructeur.

C’est un tableau clinique extrêmement sérieux qui requiert une prise en charge médicale spécialisée ainsi qu’un accompagnement psychothérapeutique et social, aussi rigoureux que souvent de longue durée.


Nous ne traiterons pas ici de la mélancolie, état dépressif extrême retrouvé dans les troubles bipolaires, ni de la dépression du sujet âgé dans le cadre des troubles neuro-dégénératifs. Celles-ci feront l'objet d'articles leur étant consacrés, à paraitre prochainement.


État psychologique ou pathologie cérébrale? Que disent les neuro-sciences?

Depuis une dizaine d’années, les neurosciences et la neuro-imagerie ont apporté un nouveau regard sur la fonction cérébrale. Il est possible aujourd’hui de visualiser le fonctionnement d’un cerveau sain par ses manifestations électriques et circulatoires. Tout comportement, toute émotion, tout changement d’humeur se traduit sur l’écran de l’I.R.M. par des modifications en temps réel.

On peut visualiser l’activité normale d’un cerveau et a fortiori les manifestations pathologiques. Chez le patient dépressif, la maladie se manifeste entre-autre par des zones d’hypoactivité corticale et frontale et d'hyperactivité de structures limbiques, ainsi que par une large diminution du métabolisme cérébral en comparaison aux images obtenues chez un sujet sain.

Par ailleurs, il a été démontré l’existence d’un lien direct entre l’état dépressif et une modification des taux plasmatiques de sérotonine, de noradrénaline et de cortisol.

Chez les malades atteints de dépression grave ces hormones et les médiateurs associés n’interagissent plus normalement. De même, on aussi a pu mettre en évidence une modification des récepteurs neuronaux, ainsi qu’une altération des fonctions régulatrices de certaines zones du cerveau, se traduisant à terme par un dysfonctionnement global et par son expression pathologique.



Quels traitements, quels espoirs?

Comme chaque individu est différent, chaque tableau clinique doit donc faire l’objet d’une prise en charge personnalisée.

Les principes généraux incluent un volet médicamenteux visant à restaurer le métabolisme cérébral pour rétablir l’équilibre entre ses fonctions, ainsi qu’un volet relationnel permettant à la personne soignée d’exprimer ses difficulté et de recevoir écoute et conseil de la part d’un professionnel qualifié.

Pour les formes les plus résistantes, la stimulation magnétique trans-crânienne (SMT), technique récente, semble montrer de bons résultats. Réalisée par séances répétées d’une dizaine de minutes chacune, elle parait être utile pour la réactivation de certains neurones et de leurs synapses. Les bénéfices de cette méthode n’étant pas immédiats, elle ne peux pas être envisagée comme seul traitement de la dépression mais plutôt comme un acte adjuvant à la prise en charge classique.


L’intérêt de l’hypnose et des états de conscience modifiée pour prévenir et traiter les états dépressifs :

Trouvant parfaitement sa place au seing des multiples approches thérapeutiques disponibles, l’hypnose a depuis longtemps démontré son efficacité sur l’ensemble des troubles anxieux.

Elle permet au sujet de diminuer son stress et de porter un autre regard sur ses problématiques, en appelant à un état de dissociation émotionnelle et affective qui lui offre un répit, ainsi que la possibilité de prendre du recul sur sa situation.

L’hypnose intégrative considère l’ensemble des ressources de

la personne et lui procure des outils pratiques et des méthodes simples pour les mobiliser. Par le biais de rituels et d’ancrages, elle contribue à l’activation de structures profondes dont l’action s’étend à l'ensemble du système nerveux, autant qu’à ses rapports avec l’organisme tout entier.

Que cela soit pour mieux appréhender sa physiologie, comprendre le fonctionnement de certaines instances neuro-psychologiques, évacuer ses souffrances, apprendre à contrôler l’anxiété, ou qu’il s’agisse de retrouver une humeur positive, une qualité de vie et un élan permettant de mobiliser des moyens utiles à sa santé morale autant qu’à son avenir, chacun doit se souvenir qu’il existe de très nombreux professionnels remboursés par l’assurance-maladie ou certaines mutuelles, qui sont capables de vous venir en aide et qui se tiennent prêts à vous recevoir.


En conclusion :

Le mal-être ressenti par nombre d’entre-nous est souvent justifié, et personne ne devrait se trouver seul face à une dépression.


N’attendez-pas le dernier moment pour appeler au secours, n’hésitez pas à parler de votre détresse à votre entourage ainsi qu’à votre médecin traitant, celui-ci saura sûrement vous orienter vers un professionnel de confiance.

N’hésitez pas non-plus à consulter en thérapies alternatives et réduisez autant que possible votre consommation d’internet et de télévision.

Alimentez vous de façon saine, pratiquez une activité physique régulière, idéalement en extérieur, et prenez soin de votre sommeil.


Enfin, si vous n’êtes pas de nature profondément solitaire, ouvrez-vous aux autres, à leurs différences et à leur singularité. Prenez part à des activités solidaires, apprenez de nouvelles choses et partagez vos compétences et votre expérience.

Ainsi vous le verrez, vous pourrez rapidement mesurer à quel point les incertitudes individuelles peuvent être converties en projets communs réalistes, non seulement pour soi-même… mais aussi pour le bien les générations à venir.


« Even places that have been shrouded in darkness for billions of years can be illuminated. Even a stone from the bottom of a river can be used to produce fire. Our present sufferings, no matter how deep, have certainly not continued for billions of years, nor will they linger forever. The sun will definitely rise, In fact, its ascent has already begun. »

M.E.


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